Discographie par Marcel Beaucamp

1968

1970

1972

1973

1974

1975

1976 1977

1978

1979 1980

1981

1982

1983

1989              

L’ANNEE  1968 

C’est au cours de cette année que Gérard Lenorman enregistre son premier 45 T dont le titre phare est « Le vagabond ».
C’est lui-même qui a écrit cette chanson (paroles et musique) à l’âge de 12 ans : sachant qu’il a vécu une enfance assez difficile, on ne s’étonnera pas de découvrir que le sujet traite d’un jeune garçon qui voit passer un vagabond et souhaite le suivre pour vivre sa vie et disposer de liberté tout comme lui.
Le vagabond possède un harmonica et cet instrument domine l’orchestration dans le refrain.
Création de la chanson à 12 ans, mise en application à 20 ans avec départ du foyer familial pour aller vivre de sa musique, enregistrement du disque à 23 ans : pas de doute, Gérard a de la suite dans les idées.
Les 3 autres chansons ont beau être douces musicalement parlant, elles ne sont pas franchement gaies au niveau des textes.
Alors que l’amour s’est éteint, il « Reste une chanson » à l’auteur (tous les amoureux ont leur chanson, c’est bien connu) pour se souvenir de celle qu’il aime : c’est langoureux mais rien par rapport aux deux morceaux de la face B.
Deux enfants s’aiment mais arrive le moment où le garçon part à la guerre et y laisse sa peau : désespérée, elle n’arrête pas de penser à lui : pas drôle, pas drôle.
Dans « A cœur la vague », son épouse avait un amant, tous deux ont trouvé la mort et Gérard qui n’y trouve aucun réconfort, va au contraire se suicider : la totale.

Chansons

Auteur(s)

Durée

Le vagabond

G. Lenorman

2’23’’

Reste une chanson

G. Lenorman

3’35’’

Roule ma bille

B. Bergman et G. Lenorman

2’41’’

A cœur la vague

B. Bergman et G. Lenorman

2’25’’

 

Autre thème qui fera partie de son fonds de commerce : la souffrance amoureuse.
Deux exemples pour illustrer cela : au cours de ses galas, il chante « Ne me quitte pas » de Jacques Brel et il  compose une chanson qui évoque la séparation de deux êtres (« Le pont des souvenirs » qui n’apparaîtra jamais en disque). 

Chanson

Auteur

Durée

Le pont des souvenirs

G. Lenorman

3’58’’

Le deuxième simple fait apparaître d’autres caractéristiques de l’interprète : « Rêve » incite les gens à profiter des bons moments de la vie et à penser au futur sans revenir en arrière, le romantisme et la nature sont déjà présents et cela ne va pas s’arrêter là.
Plus léger, « Les filles de la plage » (une valse) indique qu’il n’y a aucun mal à regarder de jolies filles (si cela se limite à cela) même si on a quelqu’un dans sa vie, on peut aussi traduire les paroles en faisant la distinction entre la fidélité et les amours éphémères représentées par ces créatures en train de bronzer.
Gérard se dit prêt à protéger une jeune israélienne et lui faire oublier la violence active dans son pays (« Tu viens d’avoir vingt ans »), certains passages musicaux sont typiques des régions du Moyen-Orient : pour l’artiste, il s’agit d’une première, quoique légère, prise de position.
L’aspect bucolique apparaît aussi dans « Le soleil est revenu » car les gens et les animaux sont plus heureux, et la nature plus belle, avec le retour du printemps.
Malgré d’indéniables qualités, ce disque ne va pas permettre à l’interprète de « décoller ». 

Chansons

Auteur(s)

Durée

Rêve

Ch. Arabian et G. Lenorman

2’55’’

Les filles de la plage

G. Lenorman

2’50’’

Tu viens d’avoir vingt ans

G. Bourgeois, J.- M. Riviere et G. Lenorman

2’30’’

Le soleil est revenu

Ch. Arabian et G. Lenorman

2’45’’

 

C’est grâce au troisième single que beaucoup vont reconnaître le talent de Gérard Lenorman.
Les deux chansons de la première face sont superbes : « Nocturne » conte une histoire d’amour intensive mais brève car l’auteur a dû partir pour un motif professionnel ou autre, cependant il continue de penser à elle : Gérard met beaucoup d’expression dans la voix pour dénoncer sa douleur.
Si le soleil est un atout pour les êtres et la campagne, comme il le dit sur le 45 T précédent, l’interprète n’est nullement dérangé par la « Pluie » car un romantique tel que lui y trouve des avantages lorsqu’il est en galante compagnie.
Les deux morceaux de la face B sont moins mélodieux : « A quatre pas du paradis » traite le thème délicat de la découverte de l’amour physique, un sujet qui était pourtant toujours tabou à cette époque ; Quant au dernier titre « Le marchand d’étoiles », il évoque l’hypocrisie d’un beau parleur qui a réussi à embobiner la fiancée du chanteur avant de l’abandonner mais, plein de bons sentiments à l’image d’ailleurs du contenu de ses premières œuvres musicales, Gérard Lenorman est prêt à lui ouvrir à nouveau ses bras. 

Chansons

Auteur (s)

Durée

Nocturne (Et puis …)

Ch. Arabian et G. Lenorman

3’15’’

Pluie

Ch. Arabian et G. Lenorman

3’03’’

A quatre pas du paradis

Ch. Arabian et G. Lenorman

2’49’’

Le marchand d’étoiles

F. Gérald et G. Lenorman

3’20’’

 

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ALBUM  « GERARD  LENORMAN »

 

Année: 1970

Les titres :

Chansons

Auteur(s)

Durée

Si les murs pouvaient parler

G. Lenorman et F. Gérald

2’36’’

Cœur aux nuages

G. Lenorman et C. Arabian

3’32’’

Apocalypse

G. Lenorman et C. Arabian

3’34’’

La fille de paille

G. Lenorman et F. Gérald

2’25’’

Sueva

G. Lenorman et F. Gérald

3’04’’

Où vais-je aller ? (Where do I go ?)

G. Mac Dermot, G. Ragni, J. Rado et J. Lanzmann

2’55’’

Laissons entrer le soleil (Let the sunshine)

G. Mac Dermot, G. Ragni, J. Rado et J. Lanzmann

3’17’’

Je partirai

P. Money et B. Bergman

3’15’’

J’ai besoin d’exil

G. Lenorman

3’10’’

Le radeau

G. Lenorman et C. Arabian

3’01’’

Commentaires :

Encouragé par la reconnaissance et les bonnes critiques des chansons de son troisième 45 T, Gérard Lenorman remet son ouvrage sur le métier et sort de nouveaux simples en 1969 et 1970, quoique ceux-ci ne comportent plus que deux titres car on est dans cette période de transition qui veut que les singles ne possèdent plus que deux chansons au lieu de quatre.
Le résultat est cependant assez identique au niveau commercial, un succès d’estime ne nourrissant pas son homme.
Mais après que l’artiste ait succédé à Julien Clerc dans « Hair », le succès commence à pointer le bout du nez, ce n’est pas encore une consécration internationale mais Gérard Lenorman commence à faire parler de lui dans l’hexagone.
Un nouveau 45 T apparaît dans les bacs avec les deux chansons qu’il interprète dans la comédie musicale puis rassemble le tout sur le 33 T intitulé tout simplement « Gérard Lenorman ».
L’album comprend certaines chansons qui ne feraient pas tâche dans la période de gloire de Gérard mais d’autres sont moins mélodieuses.
Elles traitent de l’amour et de ses problèmes : le doute sur la fidélité (« Si les murs pouvaient parler »), la timidité freinant la déclaration de sa flamme (« Cœur aux nuages »), l’envie de reprendre sa liberté (« J’ai besoin d’exil »), la séparation (« Je partirai »), la volonté de reconquérir celle qui l’a laissé tomber et qui vient de subir le même avatar (« Sueva ») et la difficulté d’aimer une fille trop indépendante (« la fille de paille » : une des deux chansons que Gérard Lenorman a écrites pour Brigitte Bardot et qu’il a repris à son compte).
Le côté romanesque de l’artiste apparaît dans « Le radeau » et puis au milieu de tout cela une chanson catastrophe (« Apocalypse ») qui a le mérite d’apporter quelque chose de différent avec une belle orchestration en soutien.

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ALBUM  « Les matins d'hiver »

 

Année: 1972

Les titres :

Chansons

Auteur(s)

Durée

Il

G. Skornik

3’13’’

De toi

D. et R. Seff

3’50’’

La fête des fleurs

D. et R. Seff

1’56’’

Plus de soleil (au lever du jour)

D. et R. Seff

2’36’’

Le petit prince

D. et R. Seff

2’55’’

Rien n’est plus beau

M. Jonasz et A. Goldstein

2’40’’

Les matins d’hiver

D. et R. Seff

2’52’’

Le chemin

D. et R. Seff

2’48’’

Les jours heureux

D. et R. Seff

3’17’’

N’en parlez pas

J. Demarny et B. Estardy

3’20’’

Waterloo

R. Dumas et D. Seff

3’29’’

Love song (à la tombée du jour)

L. Duncan et R. Seff

3’44’’

 Commentaires :

Les titres qui composent cet album sont indiscutablement ceux qui ont révélé Gérard Lenorman aux yeux du grand public.
Certes, Gérard avait déjà enregistré quelques 45 T et un premier 33 T mais ceux-ci passèrent inaperçus sur les ondes, pourtant la qualité de plusieurs chansons était déjà bien présente.
Les plus initiés savaient que Lenorman avait succédé à Julien Clerc pour jouer la comédie musicale « Hair » mais il fallut attendre la déferlante de « Il » sur les postes de radio pour que la plupart des auditeurs le découvrent.
L’artiste sortit 3 autres 45 T, autant de succès, avant de voir arriver l’album dans les bacs des disquaires.
Les 8 chansons sorties précédemment en simples s’y trouvaient et ainsi le public connaissait déjà une grande partie de l’œuvre.
« Les jours heureux » fit également son apparition en 45 T, donc en tout cinq singles virent le jour, soit dix chansons sur les douze du 33 T, y a-t-il plus belle preuve de la valeur de ce dernier ? Le jugement du public restera toujours le principal élément à prendre en considération pour attribuer une note positive à un album et à son interprète.
Les mélodies sont excellentes, les frères Seff, Daniel et Richard, ayant réalisé un formidable travail en étant auteurs ou co-auteurs de neuf plages : la griffe des deux frangins plane sans discussion possible sur cet album.
La douceur des chansons et la beauté des musiques ne doivent pas cataloguer tous les titres dans une même catégorie au point de vue de l’orchestration : il y a une grande variété dans les rythmes.
Par exemples, certains morceaux tels « La fête des fleurs » ou « Waterloo » sont très entraînants alors que  « Love song, à la tombée du jour », sans doute la chanson la moins connue de l’album, est tout le contraire : très lente et avec peu de changement dans la vitesse d’interprétation.
Quant aux autres, si la tendance générale est plutôt celle des ballades, les modifications de rythme au sein des chansons, tant au niveau du support musical que dans la voix de Gérard, s’harmonisent parfaitement avec les mélodies.
Concernant les paroles, elles vont caractériser, mais de manière un peu trop restrictive, ce que sera l’univers musical de Gérard Lenorman : les qualificatifs attribués au chanteur reviendront toujours graviter autour de lui en faisant fi de ses prises de positions ultérieures.
Cette remarque peut d’ailleurs s’appliquer à sa musique qui évoluera et fera apparaître un plus grand éventail de styles.
Romantique
(« Il », « Le chemin »), nostalgique (« Les matins d’hiver »), bucolique, ami de la nature (écologique avant l’heure, diront certains, mais ce terme a une connotation politique que même l’artiste ne revendique pas), animé de bons sentiments, rêveur, sont des mots qui lui colleront à la peau : ils sont certainement justifiés mais encore une fois trop limitatifs par rapport au personnage et à ses idées.
Un autre des thèmes favoris de Gérard Lenorman est omniprésent sur l’album : l’amour, qu’il soit heureux (« Les jours heureux »), souhaité (« N’en parlez pas »), vacillant (« Plus de soleil au lever du jour ») ou brisé (« De toi »).
Mais il serait trop simpliste d’accoler un seul des termes évoqués ci-dessus avec chaque chanson : l’amour et la nature se retrouvent notamment dans plusieurs morceaux (« La fête des fleurs », « Love song, à la tombée du jour », « Rien n’est plus beau »).
À propos de ce denier titre coécrit par Michel Jonasz (Pourquoi celui-ci n’a-t-il pas écrit et/ou chanté plus de mélodies comme celle-là ?), il faut signaler que c’était la face B du 45 T « Il » et si on se souvient que « La fête des fleurs » était sur le même single que « Le petit prince », on conviendra que ces deux chansons, souvent reprises sur des compilations car elles ont eu leur petit succès, apportent, si cela était encore nécessaire, la preuve que l’ensemble de l’album était composé de titres pour la plupart appréciés du public et que sa création était soignée, aucun morceau ne se trouvant sur ce 33 T pour jouer les « bouche-trous » et faire simplement apparaître un nombre suffisant de chansons avant de pouvoir mettre le disque sur le marché.
Enfin, « Le petit prince » (basé sur le roman d’Eugène de Saint-Exupéry) et « Waterloo » témoignent de l’envie de se plonger dans un autre monde ou d’évoquer une époque différente : toujours le romantisme à l’honneur mais aussi un petit côté surréaliste qui ne deviendra cependant pas la caractéristique principale de l’album car « Waterloo », pourtant une jolie chanson, n’obtiendra qu’un succès moyen alors que « Le petit prince » permettra surtout aux médias d’affubler l’artiste du surnom (qui lui va très bien) de « Petit prince de la chanson ».

En complément :

Voici les 45 T extraits de l'album:

1971 : Il - Rien n'est plus beau

1972 : De toi - Plus de soleil au lever du jour

1972 : Le petit prince - La fête des fleurs

1972 : Les matins d'hiver - Le chemin

1973 : Les jours heureux - N'en parlez pas

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L’ANNEE  1973

Gérard Lenorman n’enregistra pas de LP au cours de cette année 1973 mais il resta très présent sur les stations de radio grâce aux différents 45T.
Après l’apparition en single du dernier titre incontournable (« Les jours heureux ») de l’album « Les matins d’hiver », le chanteur allait sortir deux autres simples au cours de l’année : tout d’abord « Si tu ne me laisses pas tomber » allait tellement cartonner sur les ondes et dans les ventes qu’il éclipsa la pourtant très jolie face B « Mourir au champ d’amour », ode lyrique à ce sentiment et qui comporte aussi une première « touche » vers le Seigneur.

Chansons

Auteur(s)

Durée

Si tu ne me laisses pas tomber

P. Delanoë et P. Boussard

3’00’’

Mourir au champ d'amour

J. Demarny + M. Mallory et Y. Gilbert

3’09’’

 

Puis vint « Le magicien » qui connut moins de succès : c’est une chanson joyeuse, sans prétention, qui s’adresse plutôt à un jeune public, le genre de titre qui ouvre un spectacle.
L’autre face « Après tant de souvenirs » est très mélancolique et parle des illusions perdues.
Cette chanson ne passa guère dans les médias mais l’artiste en remit une couche pour traiter ce thème qui lui tenait à cœur car on le retrouva dans les paroles de plusieurs titres du 33 T « Quelque chose et moi » qui allait sortir en 1974.

Chansons

Auteur(s)

Durée

Le magicien

R. et D. Seff

3'16"

Après tant de souvenirs

J. Demarny et D. Seff

3’31’’

 

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ALBUM  « Quelque chose et moi »

 

Année: 1974

Les titres :

Chansons

Auteur(s)

Durée

Sur les quais

R. Parisot et G. Mattéoni

2’45’’

Comme une rose noire

R. et D. Seff

3’

Sans poulies ni ficelles

M. Vidalin et J. Musy

3’05 ‘’

Je n’ai jamais rencontré Dieu

P. Delanoë et P. Boussard

4’12’’

Quand on n’aime pas

R. et D. Seff

2’39’’

Quelque chose et moi

P. Delanoë et C. Morgan

3’04’’

Soldats ne tirez pas

M. Vidalin et G. Mattéoni

3’12’’

Je voudrais devenir berger

J. Demarny et B. Estardy

3’02’’

Le bal des au revoirs

R. et D. Seff

3’40’’

Je viens vers toi

R. et D. Seff

3’10’’

Si tu ne me laisses pas tomber

P. Delanoë et P. Boussard

3’

Quand une foule crie bravo

P.A. Doucet et C. Gaubert

4’25’’

Commentaires :

Cet album d’excellente facture va confirmer, outre les qualités de son interprète, ce que les chansons enregistrées précédemment laissaient entrevoir de Gérard Lenorman : son profil musical, ses idées et les sujets qu’il aime aborder.
Le romantisme est toujours à l’honneur, l’amour est à nouveau très présent ainsi que les déceptions qu’il peut engendrer, le charme de la campagne et la beauté de la nature sont évoqués, les bons sentiments (encore un poncif systématiquement accolé à Gérard) apparaissent dans « Je viens vers toi » qui fait la part belle à la solidarité.
Mais d’autres moments de l’existence, des périodes plus difficiles, sont mis en évidence notamment la solitude ou le mal-être.
« Il », le premier grand succès de Lenorman faisait aussi allusion (et comment !) à la solitude mais le solitaire évoqué dans la chanson semblait très heureux de son sort et de sa vie en ermite mais à présent le chanteur tient à souligner que le fait de rester seul n’est évidemment pas toujours un choix (« Quand on n’aime pas »).
Le fait d’être mal dans sa peau et l’envie d’aller voir ailleurs si l’herbe n’y est pas plus verte sont soulignés à plusieurs reprises mais la fuite en avant n’est pas la meilleure solution et souvent on revient sur ses pas (« Le bal des au revoirs », « Si tu ne me laisses pas tomber ») ou on ne part pas afin de ne pas courir après des chimères (« Sur les quais »).
Après tout ne vaut-il pas mieux être seul que mal accompagné ?
La part de rêve de chacun d’entre-nous doit s’effacer devant les réalités de la vie et tout le monde peut trouver son bonheur autour de lui avec un peu de bonne volonté et d’optimisme : voilà le message que Gérard tient à envoyer aux auditeurs de cet album.
Quand un amour s’est brisé (« Comme une rose noire », superbe chanson hélas trop méconnue), Gérard Lenorman ne s’en va pas au loin pour espérer des jours meilleurs mais choisit la solitude en s’évadant, ne serait-ce qu’en pensée, dans un cadre qu’il affectionne (« Je voudrais devenir berger »).
Mais, comme sur l’album précédent, le chanteur aime se trouver à une époque différente (« Soldats ne tirez pas », une chanson très rythmée mais dont on n’a pas perçu le côté antimilitariste, pourtant bien réel, de Gérard) ou cultiver une part de mystère comme dans le titre qui donne son nom à l’album : est-ce parce que l’amour y est au zénith que certains textes tendent vers ce que, cette fois, on peut franchement appeler du surréalisme ? (« 
J’ai envie d’ouvrir la fenêtre pour me voir passer dans la rue »).
 « Sans poulies ni ficelles » confirme un peu cette tendance car on y évoque la complainte d’une marionnette qui aimerait se déplacer comme un être humain : certains y verront un message plus profond arguant que bien des gens sont manipulés dans la vie mais il s’agit plus simplement d’une évocation de l’imaginaire que l’artiste aime mettre en exergue : après tout, il ne s’agit jamais que d’un élément du romantisme qui reste la caractéristique numéro 1 de l’univers de Gérard Lenorman.
Le petit prince de la chanson, malgré sa notoriété relativement récente est aussi conscient de la fragilité de la gloire, l’éventuelle perte de contact avec le public serait très mal ressentie par lui (« Quand une foule crie bravo ») : encore une fois, on peut profiter du moment présent, songer à un bel avenir tout en étant conscient des turpitudes de la vie.
Enfin la religion et l’amour de Dieu (Gérard est très croyant) apparaissent dans « Je n’ai jamais rencontré Dieu », première chanson faisant réellement allusion au catholicisme (d’autres suivront au cours de sa carrière) : il serait cependant inopportun, comme certains l’ont fait, de parler d’œcuménisme car le chanteur est bien trop tolérant pour prendre une telle position surtout dans un domaine aussi sensible.
En résumé, les paroles du disque confirment certains aspects découverts précédemment chez l’artiste mais en font apparaître d’autres, cependant Gérard Lenorman est avant tout un chanteur populaire et ne tient nullement à ce que ses textes ne soient pas accompagnés de belles musiques : opération réussie, c’est très mélodieux et il est hors de question de jouer au jeu des comparaisons avec l’album précédent pour observer qu’il y a moins de chansons connues du grand public que sur le 33 T antérieur.
Ce dernier fit un tel carton que cela mettrait toute l’œuvre suivante de Gérard en difficulté si on commençait à établir ce genre de rapport entre deux albums.
CBS plaça « Si tu ne me laisses pas tomber », gros tube de l’année 73, sur le disque avec onze nouvelles chansons : « Quelque chose et moi » et « Soldats ne tirez pas » furent des succès et sortirent sur le même 45 T, de quoi gâter les acheteurs d’autant qu’ils s’offraient ainsi une chanson douce et une entraînante, puis un autre simple vit le jour avec deux des meilleurs titres extraits du 33 T, quel dommage que l’un comme l’autre (« Je n’ai jamais rencontré Dieu » et « Je voudrais devenir berger ») soient à présent oubliés des radios ainsi que des maisons de disque qui établissent les compilations, mais cela n’enlève rien aux qualités de cet album.

En complément :

Voici les 45 T extraits de l'album:

1974 : Quelque chose et moi - Soldats ne tirez pas

1974 : Je n'ai jamais rencontré Dieu - Je voudrais devenir berger

ALBUM  « Noël du monde »

 

Année: 1974

Les titres :

Chansons

Auteur(s)

Durée

Noël du monde

P. Delanoë et G. Lenorman

3’07’’

Minuit chrétien

A. Adam et C. de  Roquemaure
Arrangement : Ch. Chevallier

3’06’’

Berceuse à l’enfant blond

Ch. Arabian et G. Lenorman

2’35’’

Douce nuit, sainte nuit

F. Gruber
Arrangement : Ch. Chevallier

3’21’’

Il est né le divin enfant

Traditionnel
Arrangement : Ch. Chevallier

2’56’’